Les heures supplémentaires mal reportées en DSN constituent l’une des causes les plus fréquentes d’erreur sur le montant d’une pension de retraite. Quand l’anomalie est découverte après la liquidation, le retraité fait face à un double front : contester auprès de sa caisse et obtenir une régularisation côté employeur ou URSSAF. Nous détaillons ici la marche à suivre technique pour coordonner ces deux démarches.
Erreurs DSN sur les heures supplémentaires : pourquoi la caisse de retraite ne voit rien
La pension de retraite du régime général se calcule sur la base des salaires déclarés par l’employeur. Depuis la généralisation de la DSN, chaque mois, l’employeur transmet l’assiette de cotisations, le nombre d’heures travaillées et les éléments de rémunération. Une heure supplémentaire non déclarée ou déclarée sur un mauvais code ne remonte tout simplement pas dans le relevé de carrière.
La caisse ne contrôle pas la cohérence entre le bulletin de paie du salarié et la DSN de l’employeur. Elle enregistre ce qu’elle reçoit. Si l’assiette déclarée est inférieure au salaire réellement perçu, le salaire annuel moyen est mécaniquement sous-évalué.
Concrètement, nous observons deux cas récurrents. Le premier : les heures supplémentaires sont payées mais déclarées en net sans majoration dans l’assiette brute. Le second : elles sont purement absentes de la DSN, souvent parce que l’employeur appliquait mal la réduction générale de cotisations liée aux heures supplémentaires.

Reconstituer la preuve des heures supplémentaires après la retraite
Avant d’engager le moindre recours, il faut constituer un dossier solide. La charge de la preuve repose sur le retraité dès lors que la caisse se fonde sur les déclarations de l’employeur.
Documents à rassembler
- Les bulletins de paie mentionnant les heures supplémentaires ou complémentaires, avec le détail des majorations. Ce sont les pièces maîtresses. Conservez les originaux ou des copies certifiées.
- Les relevés de carrière disponibles sur le compte retraite (info-retraite.fr), qui permettent de comparer le salaire annuel déclaré avec le cumul réel des bulletins.
- Tout document contractuel (avenant, accord d’entreprise sur le contingent d’heures supplémentaires, planning signé) attestant du volume horaire effectué.
- Les attestations Pôle emploi ou certificats de travail, qui mentionnent parfois la rémunération brute totale.
Si l’écart entre le cumul brut annuel figurant sur les bulletins de paie et le salaire reporté au relevé de carrière dépasse quelques euros, l’erreur de déclaration DSN est quasi certaine.
Quand les bulletins de paie manquent
Pour les périodes anciennes, il arrive que le retraité n’ait plus ses bulletins. Nous recommandons alors de solliciter l’employeur (ou son liquidateur en cas de cessation d’activité) par courrier recommandé. L’employeur est tenu de conserver les bulletins ou les données de paie pendant une durée significative. En cas de non-réponse, l’URSSAF peut fournir le détail des assiettes déclarées par l’entreprise.
Recours contre la caisse de retraite : délai et procédure CRA
Le délai pour saisir la commission de recours amiable est de deux mois à compter de la notification de la pension. Un point technique souvent ignoré : ce délai ne court que si la notification mentionne clairement les voies et délais de recours. Une notification incomplète sur ce point laisse la porte ouverte bien au-delà des deux mois réglementaires.
La saisine de la CRA se fait par courrier recommandé adressé à la caisse ayant liquidé la pension. Le courrier doit identifier précisément l’erreur reprochée : années concernées, montants déclarés versus montants réels, pièces jointes à l’appui.
Si la CRA rejette la demande
En cas de rejet explicite ou de silence pendant plus de deux mois (rejet implicite), le retraité peut saisir le pôle social du tribunal judiciaire. À ce stade, la représentation par avocat n’est pas obligatoire, mais elle est vivement conseillée si le montant en jeu justifie les frais. Le tribunal peut ordonner une expertise des bulletins de paie et contraindre la caisse à recalculer la pension.
Régularisation DSN auprès de l’employeur et de l’URSSAF
Contester auprès de la caisse ne suffit pas si la source de l’erreur – la DSN – n’est pas corrigée. La caisse de retraite ne modifiera le relevé de carrière que sur la base d’une déclaration rectificative ou d’un signalement URSSAF.
L’employeur peut émettre une DSN rectificative (signal de type « annule et remplace ») pour corriger l’assiette des périodes concernées. En pratique, obtenir cette correction d’un ancien employeur, parfois des années après le départ du salarié, relève du parcours d’obstacles.
Deux leviers existent pour forcer la main :
- Un courrier de mise en demeure adressé à l’employeur, rappelant son obligation déclarative et les sanctions encourues en cas de DSN erronée.
- Un signalement direct auprès de l’URSSAF compétente, qui peut engager un contrôle de l’entreprise et rectifier d’office les assiettes déclarées. L’URSSAF transmet ensuite les données corrigées aux caisses de retraite.
Nous recommandons de mener les deux démarches en parallèle : la contestation CRA côté caisse et le signalement URSSAF côté déclaration. Attendre la régularisation URSSAF avant de saisir la CRA fait courir le risque de dépasser le délai de recours.
Retraite complémentaire Agirc-Arrco et heures supplémentaires non déclarées
L’impact ne se limite pas au régime de base. Les points Agirc-Arrco sont calculés sur l’assiette de cotisations déclarée par l’employeur. Une sous-déclaration des heures supplémentaires réduit le nombre de points acquis sur les années concernées.
La contestation auprès d’Agirc-Arrco suit une procédure distincte. Il faut saisir le centre de gestion dont dépendait l’entreprise, puis la commission paritaire en cas de désaccord. La régularisation URSSAF bénéficie aussi à la complémentaire, puisque les assiettes corrigées alimentent automatiquement le compte de points.
Un point de vigilance : Agirc-Arrco applique ses propres délais de prescription pour la régularisation des points. Plus l’anomalie est détectée tard, plus la négociation sera complexe.

La coordination entre recours CRA, signalement URSSAF et contestation Agirc-Arrco demande de la rigueur documentaire et un suivi serré des délais. Chaque courrier envoyé doit être en recommandé avec accusé de réception, chaque réponse (ou absence de réponse) consignée avec sa date. Un dossier bien monté, avec les bulletins de paie en regard du relevé de carrière, reste l’argument le plus efficace pour obtenir le recalcul d’une pension sous-évaluée.

